28/10/2009
Mes cent romans
La célèbre Cécile de Quoi de 9 (http://ceciledequoide9.blogspot.com/) s'amuse, depuis quelques temps, à piocher de ci, de là sur le web des listes de cent livres, que des internautes divers ont établies selon des critères qui leur sont propres. C'est une démarche amusante et cela m'a donné envie de composer ma propre liste. La voici, après une semaine de furieuse archéologie littéraire.
Critères : romans du XXe siècle (et début XXIe) qui ont compté pour moi. Un seul titre par auteur. L'ordre ne reflète que l'avancement de ma recherche. J'ai commencé par les plus connus et terminé par quelques curiosités. Tous ne sont pas forcément des chefs d'œuvre, mais la plupart, oui. Les deux derniers de la liste sont particuliers : celui d'Hervé Croenne, je l'ai relu et corrigé pour son auteur. Le dernier est le mien.
J'ai des regrets : pas assez lu de Jaenada pour le citer. André Blanchard n'est que diariste. Il manque ici. Sacha Guitry aussi, pour cause de théâtre. Gabriel Matzneff mériterait de figurer, mais ce serait pour l'un des volumes de son journal. Idem pour Renaud Camus. Etc.
Voici.
1 - Voyage au bout de la nuit (Louis-Ferdinand Céline).
2 - Le dernier viking (Johan Bojer)
3 - La Cloche d'Islande (Halldor Laxness)
4 - Le grand hiver (Ismaïl Kadaré)
5 - Le Rivage des Syrtes (Julien Gracq)
6 - Une Saga moscovite (Vassili Axionov)
7 - En crabe (Günter Grass)
8 - Conjectures sur Jakob (Uwe Johnson)
9 - Portrait de groupe avec dame (Heinrich Böll)
10 - Pan (Knut Hamsun)
11 - Le Zéro et l'Infini (Arthur Koestler)
12 - 1984 (George Orwell)
13 - Les Versets sataniques (Salman Rushdie)
14 - Tout passe (Vassili Grossman)
15 - Les Cerfs-volants (Romain Gary)
16 - Le Roi des aulnes (Michel Tournier)
17 - L'Or (Blaise Cendrars)
18 - Sans moufter (Pierre Hamel)
19 - Extension du domaine de la lutte (Michel Houellebecq)
20 - Poil de Carotte (Jules Renard)
21 - Le vieil homme et la mer (Ernest Hemingway)
22 - On ferme (Philippe Muray)
23 - Des arbres à abattre (Thomas Bernhard)
24 - Les Démons (Heimito von Doderer)
25 - Le Lièvre de Vatanen (Arto Paasilinna)
26 - L'Angoisse du gardien de but au moment du penalty (Peter Handke)
27 - Épépé (Ferenc Karintyi)
28 - Luisella (Bertil Galland)
29 - La Panne (Friedrich Dürenmatt)
30 - Le Pilon (Paul Désalmand)
31- Fondation/Fondation et Empire/Seconde Fondation (Isaac Asimov)
32 - Smilla et l'amour de la neige (Peter Høeg)
33 - La Plage de Scheveningen (Paul Gadenne)
34 - La Marge (André Peyre de Mandiargues)
35 - Les Aventures du roi Pausole (Pierre Louÿs)
36 - L'Enfer (Henri Barbusse)
37 - Les Oiseaux (Tarjei Vesaas)
38 - Belle du seigneur (Albert Cohen)
39 - Les États du désert (Marc Cholodenko)
40 - Histoire d'O (Pauline Réage)
41 - Le Château de Cène (Bernard Noël)
42 - L'Image (Jean de Berg)
43 - Hadriana dans tous mes rêves (René Depestre)
44 - Les Mendiants (Louis René des Forêts)
45 - Cent ans de solitude (Gabriel Garcia Marquez)
46 - Le Choix de Sophie (William Styron)
47 - Tonio Kröger (Thomas Mann)
48 - Allemagne, monde cruel (Viktor Paskov)
49 - Apocalypse d'un adolescent de bonne famille (Virgil Tanase)
50 - Journal d'un contre-révolutionnaire (Pavel Kohout)
51 - Une journée dans la vie d'Ivan Denissovitch (Alexandre Soljenitsyne)
52 - Sur les falaises de marbre (Ernst Jünger)
53 - Cosmicomics (Italo Calvino)
54 - L'Homme sans qualités (Robert Musil)
55 - Le Silence de la mer (Vercors)
56 - Adieu, Papa ! (Jean Guenot)
57 - Jim Click (Fernand Fleuret)
58 - Les Effrois de la glace et des ténèbres (Christoph Ransmayr)
59 - Jens Munk (Thorkild Hansen)
60 - Le Marin de Gibraltar (Marguerite Duras)
61 - La Dispute, ou le testament de Gaston de Puyparlier (Javier Tomeo)
62 - La Ville des prodiges (Eduardo Mendoza)
63 - Dévadé (Réjean Ducharme)
64 - Le Tribunal de Miranges (Élisabeth Motsch)
64 - Parij (Éric Faye)
65 - Pirates (Benjamin Berton)
66 - Le Livre des nuits (Sylvie Germain)
67 - Le Héros oublié (Henrik Tikkanen)
68 - Salue pour moi le monde (Pierre Jean Rémy)
69 - Mort d'un satrape rouge (Gérard Delteil)
70 - Assomption pour les Charlots (Alain Demouzon)
71 - Mademoiselle Bovary (Raymond Jean)
72 - Le Saut de Sandra (Alejandro Gabriel y Galan)
73 - Le Successeur (Pierre Deliège)
74 - Gothik Warrior (Samaël Svegeva)
75 - Et on tuera tous les affreux (Boris Vian)
76 - The Farm (Ludovic Bablon)
77 - Stratégie pour deux jambons (Raymond Cousse)
78 - Sucre de pastèque (Richard Brautigan)
79 - Les Terres fortunées du songe (Sarane Alexandrian)
80 - La Métamorphose (Franz Kafka)
81 - Les Corrompus (Gilles Martin-Chauffier)
82 - Mort et transfiguration pour la jeune fille étrangère (Gérard Gantet)
83 - Le Discours de Swatch (Christophe Gallaz)
84 - Merde à Jésus ! (Marcel Paquet)
85 - Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? (Phillip K. Dick)
86 - La Chrysalide (Aïcha Lemsine)
87 - Les Forêts les plus sombres (Marie-Odile Beauvais)
88 - Le Bon Gros Géant (Roald Dahl)
89 - Les Cordes-de-Bois (Antonine Maillet)
90 - La Madone des sleepings (Maurice Dekobra)
91 - Le dernier espion (Leif Davidsen)
92 - Un Bonheur insoutenable (Ira Levin)
93 - La Caverne des pestiférés (Jean Carrière)
94 - La Ballade d'Early Bird (Christian Didier)
95 - La belle Rémoise (Hubert Haddad)
96 - Manuscrit trouvé dans une boîte de ragoût (Georges Coppel)
97 - Les Années d'or (Hervé Rouxel)
98 - L'Unique (Jonathan Pardo)
99 - Les Hauts Cris (Gérard Gantet)
100 - Le Temps (François Martini)
Pour chacun de ces romans, il y a une raison. Me voici quasiment tenu de rédiger cent entrées de blog pour parler de tout cela. La vie est dure.
22:45 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : romans, liste
20/09/2009
Notes sur Jean Guenot et Pierre Hamel (pour Zazieweb)
L'étoffe des rêves :
L'Étoffe des rêves, notion empruntée à Shakespeare, est la matière que fabrique le patron de presse Portereau et qu'il vend à un public crédule et argenté. Albert Sigusse, qui n'est autre que Guenot lui-même, sous son nom de plume d'auteurs de polars, est contacté pour écrire quelques articles à la gloire d'un fabricant de biscuits de régime. On tente aussi de l'empêcher de faire publier un article qui dénonce Portereau, bien sûr, sinon, à quoi bon ? C'est peu dire que l'inspiration le délaisse mais il observe tout un monde de faux-culs et de requins s'entre-déchirer pour quelques millions à gagner.
Patron, sous-fifres, amantes et épouses s'agitent autour du seigneur Portereau, dénonciateur sous Pétain et maître à penser sous Mitterrand. Tout ceci est narré en langue crue, la satire est violente, la comédie de mœurs grotesque.
L'Étoffe des rêves est un des tomes de la série Le piano à rubans, qui décrit le monde des littérateurs et des éditeurs. Se lit comme un polar.
Comme toujours, demander d'abord son catalogue (gratuit) aux Éditions Guenot, B.P. 101, 92216 Saint-Cloud Cedex car Guenot, un peu fâché avec le monde de l'édition, s'édite et se vend lui-même.
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Le goûteur d'encres :
Jean Guenot s'entretient de ses goûts littéraires avec son pseudonyme de polars Albert Sigusse. Non, ce n'est pas vraiment un canular, mais une distillation de considérations succulentes sur l'écriture et la dégustation de littérature.
En marge de son œuvre littéraire courante et de ses manuels destinés aux écrivains, Guenot se confie à nous tous : il goûte les encres, celles des écritures, si variées et si dissemblables, et explique en quoi celle de Céline se différencie de celle de D. Hammett comme le bourgogne d'un bordeaux. C'est dans Le goûteur d'encres que Guenot expose son principe de base de l'écrivain : le charpentier du délire. À l'arrivée, non seulement on s'est régalé, mais, en plus, on sait ce qu'est un légume, son "moua" et la tarte à trois parts. Narcisse, les snobs et la critique sont aussi passés à la moulinette.
Se lit comme on déguste un jurançon. Comme toujours, il faut passer par la commande de son catalogue à Jean Guenot, B.P. 101, 92216 Saint-Cloud Cedex. Le catalogue est gratuit, le bon de commande à découper, et le choix proposé irrésistible. Résistez, ne commandez que le Goûteur d'encres, pour commencer.
P.S. Je vous l'avoue : Le goûteur d'encres est, sans doute, de tous, mon livre préféré, celui que je relis le plus souvent.
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Comestibles :
Huit recettes de cuisine terribles composent ce recueil peu amène. A chaque fois un convive est dégusté. Les personnages sont presque tous monstrueux, l'auteur s'est amusé, et nous divertit drôlement. C'est très cruel et chaque fois la dégustation s'accompagne d'un rituel obscur, dont nous ne savons pas tout. Guenot propose en introduction un manuel de composition de livres à la machine à écrire délicieusement désuet. Tout ceci se mérite car les livres de Jean Guenot ne se commandent que chez lui, demander son catalogue, BP 101, 92216, Saint-Cloud, au Cedex. Il ne vous mangera pas.
Comestibles a inspiré à Alain Demouzon La petite sauteuse (Seghers).
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La petite sauteuse, d'Alain Demouzon :
Inspiré d'un recueil de nouvelles de Jean Guenot, "La petite sauteuse" propose dix histoires « où les contemporains sont accommodés à toutes les sauces ». Le boulot, l'amour, les études et d'autres situations de la vie ordinaire sont des occasions inespérées de boustifailler son prochain mais la pudeur est sauve, ce n'est pas vraiment dit, faut le deviner. Tous ces gens sont bien normaux, trop, peut-être, et La petite sauteuse reprend aussitôt du service tant le plaisir de manger est grand. Écriture limpide, directe, sans fioritures, mais souple et gouleyante comme un rosé frais.
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Androclès et la lionne :
'est un récit onirique et fantasque à souhaits que propose Jean Guenot. Un soir d'orage, la nature change soudainement et Belle, la petite chienne du narrateur, devient carrément… une lionne. Sa maîtresse Gilberte disparaît et la survie s'organise. Près d'un campement de professeurs, Androclès installe sa lionne qui ne tarde pas à mettre bas, et chasse pour lui. Les lionceaux grandissent. La normale se rétablit, le temps d'une remise en marche de la société. Gilberte II, fille de la première se prend un amant, mais c'est bientôt le retour des lions et du déluge et l'aventure recommence.
À la tête d'une horde de lions, Androclès règne sur les campements de professeurs… et tout finit bien, heureusement. Cannibale, un peu scato, amateur de vins, cuisinier et amant modèle Androclès-Guenot a son style caustique et précis pas embarrassé du tout de détails superflus. Ce qui n'est pas un détail, c'est que "Androclès et la lionne" ne se trouve pas en librairie mais se commande chez l'auteur. Son catalogue est gratuit, faut juste le lui demander, BP 101, 92216 Saint-Cloud Cedex.
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Ugolin, ou le pélican :
Jean Guenot mène de front sa vie de père de famille et celle d'écrivain auto-édité. Il hésite sans cesse entre le cannibalisme mental, réflexe qui consiste à se nourrir de ses proches pour écrire ses romans, et se laisser manger par eux, en général, en même temps. C'est ainsi qu'il passe sans cesse du statut d'Ugolin, le cannibale, à celui de pélican qui s'offre en pâture à ses petits.
C'est très pittoresque d'autant que Guenot, sacré roublard, fait remonter tout cela à son arrière grand-père, et mêle à son délire ses tantes, abominables haineuses, massacreuses d'amour, sorcières malfaisantes et ses trois filles, observatrices attentives de ses efforts d'écrivain qui, longtemps tente de cacher son état mais qu'elles ont vu à la télé… On s'amuse fort de ses déboires avec la Sélection du Reader's Digest qui escroque l'auteur Guenot dans les grandes largeurs. Le style est cru, l'auteur n'évite jamais les grossièretés, il en jubile et nous avec.
Un beau roman intime d'écrivain qui, comme toujours avec Guenot, ne se commande que chez lui, après qu'on ait demandé le catalogue : BP 101, 92216, à Saint-Cloud, aux bons soins du cedex.
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Keuroué (Albert Sigusse) :
Les sables d'Ollone , hors saison, en 1969. Un amateur de cerfs volants se trouve impliqué par hasard dans une intrigue farcie de réminiscences de la défaite allemande de 1945. Des personnages incongrus, tueurs, homme d'affaire, ancienne putain, surgissent sans prévenir, à propos d'un convoi d'or attaqué par un mystérieux commando à l'arrivée des troupes américaines. Sentiments et intérêts se tissent mutuellements pour embrouiller l'affaire. Un curieux thonier stationne à l'ancre dans la baie et l'employée de l'auberge aime bien la bagatelle.…
Jean Guenot qui signait ses polars du nom d'Albert Sigusse édite lui-même ce Keuroué dont l'intrigue se noue dans le plus parfait brouillard mental. Le récit culmine lors d'une invrassemblable bataille à coup de cerfs-volants géants. la langue est souvent verte, elle a du goût et de l'allant. Les énigmes de Guenot sont aussi complexes que l'achat de ses livres : il faut d'abord commander son catalogue à l'auteur, B.P. 101, 92216 Saint Cloud Cedex car il ne vend pas en magasin mais cela en vaut la peine.
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Sans Moufter, de Pierre Hamel :
C'tun jeunot de tchidbourg (Cherbourg) qui raconte sa vie, ici, jusqu'à ce qu'il ait assez grandi pour atteindre la cinquantaine. Le pôv petit doit vivre à Paris, c't'exilé de la Normandie n's'en est jamais remis et c'est drôle comme tout. La nostalgie du Cotentin, ce n'est pas de la Pizza surgelée, ça tient au corps. Et le gamin qu'est poète s'en va raconter sa vie de décalé. L'Hamel, y cause comme un Céline d'aujourd'hui, on en récolte des bourrides pleines de vocabulaire coloré. C'est un bonheur de moisson de parler vernaculaire et inventé. y'a du normand, du parigot, du San-Antonio et plein d'autres chgoses épatantes. Et vous saurez tout sur les eaux minérales du monde entier, de la tenue d'une pharmacie, des environs de la gare Saint-Lazare et de l'inutilité des majuscules.
La chose la plus réjouissante que j'aie lue depuis longtemps, de loin, et au beurre.
Un manuscrit par la poste, de Pierre Hamel :
J'ai parlé de Pierre Hamel ici car son petit dernier, "Sans moufter", roman d'un Normand d'Ripa', m'avait enchanté. L'exemplaire que j'ai eu est amusant, il est broché du mauvais côté. Enfin, broché, c'est beaucoup dire : collé du côté qu'il aurait pas dû. Moralité, faut le lire en commençant par la fin, comme un livre en arabe. A part ça, les pages sont dans l'ordre ; alors je ne le renvoie pas.
C'est un recueil de trente-deux lettres d'accompagnement d'un manuscrit envoyé par la poste à trente-deux éditeurs. Hamel s'amuse : il délire gentiment, lance des piques, répond par avance à la lettre de refus qu'on lui enverra, pastiche, raille, met l'éditeur en garde contre l'inconvénient qu'il y aurait à accepter son manuscrit, etc. Mathématiquement, aux trente-deux lettres correspondent soixante-quatre notes en bas de page, certaines parfaitement absurdes. C'est très drôle.
"Un manuscrit par la poste" ne se vend pas en librairie. Il faut le commander à l'éditeur, Gabriandre, 30960 Saint-Jean de V. Joindre un chèque de 17,55 euros, port compris, pour la France.
Site Internet :
http://www.editions-gabriandre.com
17:16 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : roman guenot hamel
Quelques notes de Zazieweb
Zazieweb va disparaître, paraît-il. Je regroupe ici deux-trois bricoles écrites pour là-bas.
Comme je lis "Comment on devient écrivain", d'Antoine Albalat, je trouve, page 72, cette mention :
"Si Madame Bovary n'était qu'une œuvre de scandale, il y aurait longtemps qu'elle serait oubliée. Deux autres romans eurent à cette époque l'honneur de partager son succès, la Fanny, de Feydeau, et l'Antoine Quérard, de Charles Bataille. (...) Quant à Antoine Quérard, c'est tout simplement Madame Bovary à rebours ; un médecin de campagne intelligent, romanesque, marié à une calme créature, a pour maîtresse sa jeune belle-sœur, une vraie madame Bovary qui, non seulement aime le jeune médecin, mais adore aussi un jeune homme à peine sorti du collège. Henriette Quérard meurt empoisonnée par une drogue suspecte que le docteur lui donne pour la deuxième fois."
Or... impossible de trouver la moindre mention de ce roman sur le net, nulle part (ou alors je suis vraiment manchot), et, évidemment, impossible d'en trouver un exemplaire à vendre...
Est-ce un canular d'Albalat ? Quelqu'un a-t-il une idée ?
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André Blanchard, diariste discret, vaut pourtant la peine qu'on le lise. Voici deux courts extraits de ses Carnets.
Messe basse, Erti 1995, page 29.
"En achetant à Paris des livres à prix réduit, parce qu'ils proviennent du service de presse, je suis parfois tombé sur des exemplaires où le dédicataire, avant d'écouler son stock, n'avait même pas pris la peine de faire sauter au moins son nom à lui ! Quel soufflet pour un auteur, et quelle amertume s'il se rendait compte de visu du peu de cas que ceux à qui il envoie « ses hommages » font de sa personne. Ne semble-t-il pas que le livre qui écope de pareille indélicatesse perde beaucoup de ce prestige dont, envers et contre tous, nous nous plaisons à le douer ? Du reste, rien que le fait qu'un livre soit soldé, c'est déjà limite : quand nous sonnes devant ces livres neufs, cédés en masse à moitié prix dès leur parution, est-ce que nous ne sommes pas froissés ?… et mal à l'aise : désolés de cette dévalorisation, tout en nous frottant les mains à la perspective de la bonne affaire !
— Vendu !"
De littérature et d'eau fraîche, Erti 1992, page 78.
"Quand ils veulent clouer le bec à ceux qui ne pensent pas comme eux dans des domaines « sensibles », comme la religion ou la politique, ils sont quelques-uns, au village, à lancer en guise d'en-tête à leurs arguments un « Bougre d'andouille ! ». Cela ne me déplaît pas, cette façon, d'entrée de jeu, de disqualifier le contradicteur : certes, à leur manière, ce sont du moins des passionnés, que diable !
Quand je vois de quelle virtuosité sont capables dans le bagou la plupart des écrivains qui commentent le dernier né de leur production, je me dis qu'ils renouvellent le genre faussaire : c'est en achetant l'original, le livre, qu'on se fait refaire.
Montherlant : « On se suicide par respect pour la vie, quand votre vie a cessé d'être digne de vous. » Cette sentence me fait l'effet d'une arme qu'on charge, qu'on arme et qu'on dépose près de soi pour le cas où, j'imagine que plusieurs d'entre nous auraient pu l'écrire, à cette nuance près toutefois : une plume moins hautaine et moins entichée de l'idée qu'on a de soi eût écrit, et ceci me paraît plus vrai, « On se suicide par respect pour la vie, quand vous avez cessé d'être digne de la vôtre »."
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André Blanchard
22 02 03
André Blanchard n'a vraiment pas la cote. C'est pourtant un bon écrivain, un des bons de notre époque. Il n'est pas très connu, euphémisme, ce qui est normal, il est diariste.
Voilà pas que, fouinant hier dans cette caverne d'Ali-Baba qu'est ce bouquiniste de la rue de l'Odéon, à Paris, je tombe sur un exemplaire comme neuf de son premier tome de journal, De littérature et d'eau fraîche (É. Erti, 1992, épuisé). À priori, je ne suis pas intéressé, puisqu'il figure en bonne place sur mon étagère de préférés. Mais je regarde tout de même : l'exemplaire est dédicacé. À Dominique Gaultier, de la main de l'auteur, d'une distinguée encre violette. La dédicace dit :
« Après la qualité, la quantité - plus la qualité ?
Cordialement,
André Blanchart.»
Si j'étais Dominique Gaultier, je me sentirais un peu chose, moi. Dominique Gaultier est sans doute des Éditions du Dilettante (si ce n'est pas vous, Madame, ou Monsieur Gaultier, je vous présente mes excuses et vous assure que je rédigerai un rectificatif dans le sens que vous m'indiquerez). Je dis ceci parce que le Dilettante est l'éditeur du premier livre d'André Blanchard (Entre chien et loup) constitué d'extraits choisis. Comme De littérature et d'eau fraîche est un moment de journal complet, la dédicace « Après la qualité, la quantité » prend son sens. Bref, j'ai acquis, deux euros, cet exemplaire unique. Qui sait, peut-être un jour, vaudra-t-il une fortune.
Si j'avais un volume d'un grand écrivain à moi dédicacé, je le chérirais et on ne le retrouverait pas en bouquinerie.
Passage à la FNAC-Châtelet. Là, ça recommence. Dans le bac des rebuts, le troisième recueil de Blanchard, Messe Basse (Erti, 1995). Il n'est pas dédicacé, ce qui m'épargne d'avoir à l'acheter, mais, quoique neuf, il est encore moins cher que le premier : 1,75 euros.
Décidément, André Blanchard n'a pas la cote. Pourtant, c'est un bon écrivain, un des bons parmi les bons.
Edit 2009 : Depuis, Le Dilettante a réédité tout André Blanchard. Merci, Dominique Gaultier !
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Un troisième argument en défaveur du livre de poche, et ce qui suit vaut pour l'ensemble de la production et ne se limite pas à Gracq, c'est :
Le livre de poche, facile à produire et bon marché rapporte moins à l'éditeur et, surtout, peu à l'auteur. Pour l'auteur en tant que tel, ce n'est pas grave : aujourd'hui, l'auteur a un métier ailleurs. Dans un livre de poche, l'œuvre imprimée ne vaut pas grand chose : seul ou presque compte le prix de la fabrication du livre. L'auteur est complètement négligé, dans cette affaire : il touche si peu sur le livre de poche que l'on pourrait croire qu'il n'a joué aucun rôle dans la confection de ce produit bon marché (4,50€ un Folio, acheté aujourd'hui, chez Gibert). C'est à dire que ce qui fait la valeur intrinsèque du produit acheté ne vaut rien. Gracq ou une suite de « sdhserdjvcqskhfzmkef » sur deux cents pages, cela vaut la même chose : rien ou presque.
Le livre de poche, parce qu'il ne rapporte presque rien à l'auteur, est une insulte à l'art d'écrire. Á l'heure où un bouteille de whisky vaut parfois 20€, un livre vaut à peine 4,5€ : même pas le prix de deux cafés à une terrasse de Saint-Germain des Prés. A combien se vend le mille de caractères de Victor Hugo, à cette aune ? Rien, ou presque. L'auteur n'existe plus, au niveau du rayonnage de librairie. Le travail intellectuel est méprisé. Une femme de ménage, même médiocre, est mieux payée. Je ne parle même pas d'un plombier.
4,5 euros : le prix de 5 tickets de métro. Et vous voudriez que Gracq écrive pour ce prix là ?
En réduisant l'auteur à petzouille, le livre de poche favorise les économies d'échelle. Pour faire des économies d'échelle, il faut de la copie qui se vende en masse. Nothomb fait ça très bien. Elle prospère. Angot aussi. On fait des coups. On calcule le Goncourt au plus juste. L'édition française en première parution ne produit plus rien de littéraire… sauf… Gracq, Michon, et deux-trois autres… qui, justement, ne sont pas en poche.
Ne tuez pas Gracq et Michon. Laissez-les vivre ! Ne les réduisez pas en poche !
Du but et de l'écriture :
24 12 2002
Julien Gracq publie chez José Corti, éditeur qui ne perçoit pas un rond en provenance du livre de poche. On peut même aller jusqu'à dire que c'est grâce à l'a
bsence des écrivains Corti en poche que Corti édite de la bonne littérature, et non Gallimard (qui édite Rose bonbon, fiasco commercial renfloué grâce au livre de poche Folio).
Bref, on peut tirer de l'observation du marché de l'édition la règle générale : moins un éditeur publie de poches, moins il publie par ailleurs de merdes. Vous verrez, cela se confirme assez facilement.
La raison en est simple : le poche étant bon marché, il est plus proche de la savonnette que le non-poche. En Pléiade, il y a très très peu de merdes : les livres sont chers, beaux, et contiennent du texte de bonne qualité. on trouve même Julien Gracq en Pléiade. Plus l'objet-livre est médiocre, plus il est facile d'éditer n'importe quoi, et surtout des choses qui se vendront à des non lecteurs, ceux qui achètent parce que l'auteur passe bien à la télé : Nothomb, Houellebecq, Angot, par exemple.
Les lecteurs sont contents de trouver des livres en poche : c'est bon marché. Grand bien leur fasse. Cet acte irresponsable (l'achat des poches) a deux conséquences : l'industrialisation forcenée de l'industrie littéraire, quasi accomplie aujourd'hui, et la raréfaction de la littérature de première publication, c'est à dire la littérature vivante. Certes nous sommes heureux de trouver le Rouge et le Noir à trois francs six sous, mais il faut savoir que c'est au prix du remplacement des Aragon ou Queneau par des Houellebecq ou Beigbeder. C'est un choix que nous, public, avons fait. Le vin est tiré, il faut le boire.
Joyeux Noël !
Christian Jacq et le livre de poche :
06 02 2003
Si la question est "que faire pour que les gens lisent ?", alors, oui, il faut Jacq et poches. Si l'enjeu est d'avoir une littérature contemporaine digne de ce nom, alors Jacq ne gêne nullement (il joue dans une autre cour) et les poches sont néfastes.
Force est de remarquer que :
- le Livre de poc
he fête son demi-siècle,
- que lorsqu'il a été inventé, les grands auteurs se vendaient bien,
- qu'après cinquante ans, il n'y a plus de grands auteurs en France.
De toute façon, depuis la semaine dernière, la question des poches est caduque : c'est le livre gratuit qui est l'enjeu. Le Point en fournit un beau, relié, joliment présenté (mais que l'on ne choisit pas), à trois ou quatre euros, chaque semaine. Le livre vient de perdre son dernier privilège : celui d'être choisi par son propriétaire.
En fait la contradiction que tu stigmatises avec jubilation, elle n'est qu'apparente : la question de Jacq (des best-sellers, donc) et de la lecture en poche est un débat d'actualité. La question du poche qui nuit à la littérature est un débat d'historiens. C'est du passé. Le poche a nuit à la littérature, pendant cinquante ans, pour le plus grand bonheur du porte-monnaie des lecteurs. Son œuvre est accomplie.
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16:58 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : roman
01/12/2008
Au salon de l'autre livre, Paris.
Finalement, j'ai été au Salon de l'Autre livre, de l'édition indépendante, à l'Espace des Blancs-Manteaux, un marché reconverti de la rue Vieille-du-Temple. L'endroit a belle allure.

J'y ai rencontré l'amie de Ness, qui tenait, toujours charmante, le stand des Mille Saisons et j'ai bavardé longuement avec Roger Gaillard, de l'Oie Plate, auteur d'AUDACE, qui prépare ue nouvelle édition de son guide pour 2010. Avis aux petits éditeurs : faites-vous recenser. Nous avons parlé contrats, autoédition, compte d'auteur, … et de Jean Guenot, de son guide, de ses éditions, des méthodes d'écriture, et de la situation des auteurs à l'avenir.

J'ai fait le tour des étalages. Beaucoup d'édition très sérieuses, poésie, essais pointus, publications spécialisées. J'ai vu Les deux Encres, éditeur du célèbre Sous le Manteau de la Nuit, et Le Temps des cerises. J'ai appris que Suzanne Bernard était morte, ce qui m'a vraiment attristé (cette dame était l'auteur d'un récit appelé Chair à papier que tout auteur amateur devrait lire). J'ai vu que les deux volumes de Chroniques algériennes, de mon père Michel Martini, figuraient en bonne place au stand de Bouchène, ce qui m'a fait plaisir. C'est un éditeur sérieux car ces livres sont déjà assez anciens.

J'ai acheté cinq livres :
- L'auteur au XXIe siècle, actes d'un colloque de 2006, publiés par le Syndicat National des Auteurs et Compositeurs.
- Justesse de la langue, de Gabriel Girard, sur le juste sens des mots, un thème que j'aime bien, éditions Manucius.
- Visitez le purgatoire, nouvelles de Manu Causse, chez D'un Noir si Bleu, parce que l'éditrice était vraiment sympa et la jaquette, dessinée par l'auteur, est très réussie.
- Le passage, de Suzanne Bernard, récit posthume, dialogue avec la mort, m'a dit l'éditrice du Temps des Cerises.
- Vivre au paradis, de Brahim Benaïcha, éditions du Sable d'Or. Une bonne surprise. Je connaissais le film, de Bourlem Guerdjou sur un scénario d'Olivier Lorelle, absolument magnifique, sur le bidonville de Nanterre. Je suis ravi d'avoir trouvé le récit d'origine.

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19/10/2008
Quatre petits livres
Hier, je me suis fait avoir : j'ai acheté trois livres, chez Tschann (un vrai piège, cet endroit), mais petits :
Jean-Pierre Énard : Un bon écrivain est un écrivain mort (Finnitude). J'en ai commencé la lecture, c'est réjouissant. En plus, le livre est très joli.

Christophe Fiat : Stephen King forever (Déplacements/Seuil). Si j'en crois la qut' de couv, l'objet de cet essai est l'analyse du phénomène King au travers de son écriture, et de l'absence de qualité littéraire de celle,-ci, ainsi que de sa stratégie médiatique. Un équivalent, plus modeste, en sorte, du Houellebecq de Patricola.
Louis-Ferdinand Céline : À l'agité du bocal (L'Herne) C'est l'un des textes de démolition les plus réjouissants que l'on ait jamais écrit. En 1945, Jean-Paul Sartre publie un article sur Céline, intitulé Portrait d'un antisémite, c'est un pensum académique de la pire espèce, et Céline lui répond en 1948, par cette apostrophe saignante et grandiose. En complément, d'autres textes du maître, de différentes époques.
Et une plaquette humoristique, aussi : Essai sur l'art de ramper à l'usage des courtisans (Abstème et Bobance), un mini-vademecum à l'usage des écrivains d'aujourd'hui, tiré des manuscrits du baron d'Holbach (1723-1789).
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