20/09/2009
Notes sur Jean Guenot et Pierre Hamel (pour Zazieweb)
L'étoffe des rêves :
L'Étoffe des rêves, notion empruntée à Shakespeare, est la matière que fabrique le patron de presse Portereau et qu'il vend à un public crédule et argenté. Albert Sigusse, qui n'est autre que Guenot lui-même, sous son nom de plume d'auteurs de polars, est contacté pour écrire quelques articles à la gloire d'un fabricant de biscuits de régime. On tente aussi de l'empêcher de faire publier un article qui dénonce Portereau, bien sûr, sinon, à quoi bon ? C'est peu dire que l'inspiration le délaisse mais il observe tout un monde de faux-culs et de requins s'entre-déchirer pour quelques millions à gagner.
Patron, sous-fifres, amantes et épouses s'agitent autour du seigneur Portereau, dénonciateur sous Pétain et maître à penser sous Mitterrand. Tout ceci est narré en langue crue, la satire est violente, la comédie de mœurs grotesque.
L'Étoffe des rêves est un des tomes de la série Le piano à rubans, qui décrit le monde des littérateurs et des éditeurs. Se lit comme un polar.
Comme toujours, demander d'abord son catalogue (gratuit) aux Éditions Guenot, B.P. 101, 92216 Saint-Cloud Cedex car Guenot, un peu fâché avec le monde de l'édition, s'édite et se vend lui-même.
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Le goûteur d'encres :
Jean Guenot s'entretient de ses goûts littéraires avec son pseudonyme de polars Albert Sigusse. Non, ce n'est pas vraiment un canular, mais une distillation de considérations succulentes sur l'écriture et la dégustation de littérature.
En marge de son œuvre littéraire courante et de ses manuels destinés aux écrivains, Guenot se confie à nous tous : il goûte les encres, celles des écritures, si variées et si dissemblables, et explique en quoi celle de Céline se différencie de celle de D. Hammett comme le bourgogne d'un bordeaux. C'est dans Le goûteur d'encres que Guenot expose son principe de base de l'écrivain : le charpentier du délire. À l'arrivée, non seulement on s'est régalé, mais, en plus, on sait ce qu'est un légume, son "moua" et la tarte à trois parts. Narcisse, les snobs et la critique sont aussi passés à la moulinette.
Se lit comme on déguste un jurançon. Comme toujours, il faut passer par la commande de son catalogue à Jean Guenot, B.P. 101, 92216 Saint-Cloud Cedex. Le catalogue est gratuit, le bon de commande à découper, et le choix proposé irrésistible. Résistez, ne commandez que le Goûteur d'encres, pour commencer.
P.S. Je vous l'avoue : Le goûteur d'encres est, sans doute, de tous, mon livre préféré, celui que je relis le plus souvent.
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Comestibles :
Huit recettes de cuisine terribles composent ce recueil peu amène. A chaque fois un convive est dégusté. Les personnages sont presque tous monstrueux, l'auteur s'est amusé, et nous divertit drôlement. C'est très cruel et chaque fois la dégustation s'accompagne d'un rituel obscur, dont nous ne savons pas tout. Guenot propose en introduction un manuel de composition de livres à la machine à écrire délicieusement désuet. Tout ceci se mérite car les livres de Jean Guenot ne se commandent que chez lui, demander son catalogue, BP 101, 92216, Saint-Cloud, au Cedex. Il ne vous mangera pas.
Comestibles a inspiré à Alain Demouzon La petite sauteuse (Seghers).
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La petite sauteuse, d'Alain Demouzon :
Inspiré d'un recueil de nouvelles de Jean Guenot, "La petite sauteuse" propose dix histoires « où les contemporains sont accommodés à toutes les sauces ». Le boulot, l'amour, les études et d'autres situations de la vie ordinaire sont des occasions inespérées de boustifailler son prochain mais la pudeur est sauve, ce n'est pas vraiment dit, faut le deviner. Tous ces gens sont bien normaux, trop, peut-être, et La petite sauteuse reprend aussitôt du service tant le plaisir de manger est grand. Écriture limpide, directe, sans fioritures, mais souple et gouleyante comme un rosé frais.
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Androclès et la lionne :
'est un récit onirique et fantasque à souhaits que propose Jean Guenot. Un soir d'orage, la nature change soudainement et Belle, la petite chienne du narrateur, devient carrément… une lionne. Sa maîtresse Gilberte disparaît et la survie s'organise. Près d'un campement de professeurs, Androclès installe sa lionne qui ne tarde pas à mettre bas, et chasse pour lui. Les lionceaux grandissent. La normale se rétablit, le temps d'une remise en marche de la société. Gilberte II, fille de la première se prend un amant, mais c'est bientôt le retour des lions et du déluge et l'aventure recommence.
À la tête d'une horde de lions, Androclès règne sur les campements de professeurs… et tout finit bien, heureusement. Cannibale, un peu scato, amateur de vins, cuisinier et amant modèle Androclès-Guenot a son style caustique et précis pas embarrassé du tout de détails superflus. Ce qui n'est pas un détail, c'est que "Androclès et la lionne" ne se trouve pas en librairie mais se commande chez l'auteur. Son catalogue est gratuit, faut juste le lui demander, BP 101, 92216 Saint-Cloud Cedex.
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Ugolin, ou le pélican :
Jean Guenot mène de front sa vie de père de famille et celle d'écrivain auto-édité. Il hésite sans cesse entre le cannibalisme mental, réflexe qui consiste à se nourrir de ses proches pour écrire ses romans, et se laisser manger par eux, en général, en même temps. C'est ainsi qu'il passe sans cesse du statut d'Ugolin, le cannibale, à celui de pélican qui s'offre en pâture à ses petits.
C'est très pittoresque d'autant que Guenot, sacré roublard, fait remonter tout cela à son arrière grand-père, et mêle à son délire ses tantes, abominables haineuses, massacreuses d'amour, sorcières malfaisantes et ses trois filles, observatrices attentives de ses efforts d'écrivain qui, longtemps tente de cacher son état mais qu'elles ont vu à la télé… On s'amuse fort de ses déboires avec la Sélection du Reader's Digest qui escroque l'auteur Guenot dans les grandes largeurs. Le style est cru, l'auteur n'évite jamais les grossièretés, il en jubile et nous avec.
Un beau roman intime d'écrivain qui, comme toujours avec Guenot, ne se commande que chez lui, après qu'on ait demandé le catalogue : BP 101, 92216, à Saint-Cloud, aux bons soins du cedex.
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Keuroué (Albert Sigusse) :
Les sables d'Ollone , hors saison, en 1969. Un amateur de cerfs volants se trouve impliqué par hasard dans une intrigue farcie de réminiscences de la défaite allemande de 1945. Des personnages incongrus, tueurs, homme d'affaire, ancienne putain, surgissent sans prévenir, à propos d'un convoi d'or attaqué par un mystérieux commando à l'arrivée des troupes américaines. Sentiments et intérêts se tissent mutuellements pour embrouiller l'affaire. Un curieux thonier stationne à l'ancre dans la baie et l'employée de l'auberge aime bien la bagatelle.…
Jean Guenot qui signait ses polars du nom d'Albert Sigusse édite lui-même ce Keuroué dont l'intrigue se noue dans le plus parfait brouillard mental. Le récit culmine lors d'une invrassemblable bataille à coup de cerfs-volants géants. la langue est souvent verte, elle a du goût et de l'allant. Les énigmes de Guenot sont aussi complexes que l'achat de ses livres : il faut d'abord commander son catalogue à l'auteur, B.P. 101, 92216 Saint Cloud Cedex car il ne vend pas en magasin mais cela en vaut la peine.
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Sans Moufter, de Pierre Hamel :
C'tun jeunot de tchidbourg (Cherbourg) qui raconte sa vie, ici, jusqu'à ce qu'il ait assez grandi pour atteindre la cinquantaine. Le pôv petit doit vivre à Paris, c't'exilé de la Normandie n's'en est jamais remis et c'est drôle comme tout. La nostalgie du Cotentin, ce n'est pas de la Pizza surgelée, ça tient au corps. Et le gamin qu'est poète s'en va raconter sa vie de décalé. L'Hamel, y cause comme un Céline d'aujourd'hui, on en récolte des bourrides pleines de vocabulaire coloré. C'est un bonheur de moisson de parler vernaculaire et inventé. y'a du normand, du parigot, du San-Antonio et plein d'autres chgoses épatantes. Et vous saurez tout sur les eaux minérales du monde entier, de la tenue d'une pharmacie, des environs de la gare Saint-Lazare et de l'inutilité des majuscules.
La chose la plus réjouissante que j'aie lue depuis longtemps, de loin, et au beurre.
Un manuscrit par la poste, de Pierre Hamel :
J'ai parlé de Pierre Hamel ici car son petit dernier, "Sans moufter", roman d'un Normand d'Ripa', m'avait enchanté. L'exemplaire que j'ai eu est amusant, il est broché du mauvais côté. Enfin, broché, c'est beaucoup dire : collé du côté qu'il aurait pas dû. Moralité, faut le lire en commençant par la fin, comme un livre en arabe. A part ça, les pages sont dans l'ordre ; alors je ne le renvoie pas.
C'est un recueil de trente-deux lettres d'accompagnement d'un manuscrit envoyé par la poste à trente-deux éditeurs. Hamel s'amuse : il délire gentiment, lance des piques, répond par avance à la lettre de refus qu'on lui enverra, pastiche, raille, met l'éditeur en garde contre l'inconvénient qu'il y aurait à accepter son manuscrit, etc. Mathématiquement, aux trente-deux lettres correspondent soixante-quatre notes en bas de page, certaines parfaitement absurdes. C'est très drôle.
"Un manuscrit par la poste" ne se vend pas en librairie. Il faut le commander à l'éditeur, Gabriandre, 30960 Saint-Jean de V. Joindre un chèque de 17,55 euros, port compris, pour la France.
Site Internet :
http://www.editions-gabriandre.com
17:16 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : roman guenot hamel
Quelques notes de Zazieweb
Zazieweb va disparaître, paraît-il. Je regroupe ici deux-trois bricoles écrites pour là-bas.
Comme je lis "Comment on devient écrivain", d'Antoine Albalat, je trouve, page 72, cette mention :
"Si Madame Bovary n'était qu'une œuvre de scandale, il y aurait longtemps qu'elle serait oubliée. Deux autres romans eurent à cette époque l'honneur de partager son succès, la Fanny, de Feydeau, et l'Antoine Quérard, de Charles Bataille. (...) Quant à Antoine Quérard, c'est tout simplement Madame Bovary à rebours ; un médecin de campagne intelligent, romanesque, marié à une calme créature, a pour maîtresse sa jeune belle-sœur, une vraie madame Bovary qui, non seulement aime le jeune médecin, mais adore aussi un jeune homme à peine sorti du collège. Henriette Quérard meurt empoisonnée par une drogue suspecte que le docteur lui donne pour la deuxième fois."
Or... impossible de trouver la moindre mention de ce roman sur le net, nulle part (ou alors je suis vraiment manchot), et, évidemment, impossible d'en trouver un exemplaire à vendre...
Est-ce un canular d'Albalat ? Quelqu'un a-t-il une idée ?
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André Blanchard, diariste discret, vaut pourtant la peine qu'on le lise. Voici deux courts extraits de ses Carnets.
Messe basse, Erti 1995, page 29.
"En achetant à Paris des livres à prix réduit, parce qu'ils proviennent du service de presse, je suis parfois tombé sur des exemplaires où le dédicataire, avant d'écouler son stock, n'avait même pas pris la peine de faire sauter au moins son nom à lui ! Quel soufflet pour un auteur, et quelle amertume s'il se rendait compte de visu du peu de cas que ceux à qui il envoie « ses hommages » font de sa personne. Ne semble-t-il pas que le livre qui écope de pareille indélicatesse perde beaucoup de ce prestige dont, envers et contre tous, nous nous plaisons à le douer ? Du reste, rien que le fait qu'un livre soit soldé, c'est déjà limite : quand nous sonnes devant ces livres neufs, cédés en masse à moitié prix dès leur parution, est-ce que nous ne sommes pas froissés ?… et mal à l'aise : désolés de cette dévalorisation, tout en nous frottant les mains à la perspective de la bonne affaire !
— Vendu !"
De littérature et d'eau fraîche, Erti 1992, page 78.
"Quand ils veulent clouer le bec à ceux qui ne pensent pas comme eux dans des domaines « sensibles », comme la religion ou la politique, ils sont quelques-uns, au village, à lancer en guise d'en-tête à leurs arguments un « Bougre d'andouille ! ». Cela ne me déplaît pas, cette façon, d'entrée de jeu, de disqualifier le contradicteur : certes, à leur manière, ce sont du moins des passionnés, que diable !
Quand je vois de quelle virtuosité sont capables dans le bagou la plupart des écrivains qui commentent le dernier né de leur production, je me dis qu'ils renouvellent le genre faussaire : c'est en achetant l'original, le livre, qu'on se fait refaire.
Montherlant : « On se suicide par respect pour la vie, quand votre vie a cessé d'être digne de vous. » Cette sentence me fait l'effet d'une arme qu'on charge, qu'on arme et qu'on dépose près de soi pour le cas où, j'imagine que plusieurs d'entre nous auraient pu l'écrire, à cette nuance près toutefois : une plume moins hautaine et moins entichée de l'idée qu'on a de soi eût écrit, et ceci me paraît plus vrai, « On se suicide par respect pour la vie, quand vous avez cessé d'être digne de la vôtre »."
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André Blanchard
22 02 03
André Blanchard n'a vraiment pas la cote. C'est pourtant un bon écrivain, un des bons de notre époque. Il n'est pas très connu, euphémisme, ce qui est normal, il est diariste.
Voilà pas que, fouinant hier dans cette caverne d'Ali-Baba qu'est ce bouquiniste de la rue de l'Odéon, à Paris, je tombe sur un exemplaire comme neuf de son premier tome de journal, De littérature et d'eau fraîche (É. Erti, 1992, épuisé). À priori, je ne suis pas intéressé, puisqu'il figure en bonne place sur mon étagère de préférés. Mais je regarde tout de même : l'exemplaire est dédicacé. À Dominique Gaultier, de la main de l'auteur, d'une distinguée encre violette. La dédicace dit :
« Après la qualité, la quantité - plus la qualité ?
Cordialement,
André Blanchart.»
Si j'étais Dominique Gaultier, je me sentirais un peu chose, moi. Dominique Gaultier est sans doute des Éditions du Dilettante (si ce n'est pas vous, Madame, ou Monsieur Gaultier, je vous présente mes excuses et vous assure que je rédigerai un rectificatif dans le sens que vous m'indiquerez). Je dis ceci parce que le Dilettante est l'éditeur du premier livre d'André Blanchard (Entre chien et loup) constitué d'extraits choisis. Comme De littérature et d'eau fraîche est un moment de journal complet, la dédicace « Après la qualité, la quantité » prend son sens. Bref, j'ai acquis, deux euros, cet exemplaire unique. Qui sait, peut-être un jour, vaudra-t-il une fortune.
Si j'avais un volume d'un grand écrivain à moi dédicacé, je le chérirais et on ne le retrouverait pas en bouquinerie.
Passage à la FNAC-Châtelet. Là, ça recommence. Dans le bac des rebuts, le troisième recueil de Blanchard, Messe Basse (Erti, 1995). Il n'est pas dédicacé, ce qui m'épargne d'avoir à l'acheter, mais, quoique neuf, il est encore moins cher que le premier : 1,75 euros.
Décidément, André Blanchard n'a pas la cote. Pourtant, c'est un bon écrivain, un des bons parmi les bons.
Edit 2009 : Depuis, Le Dilettante a réédité tout André Blanchard. Merci, Dominique Gaultier !
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Un troisième argument en défaveur du livre de poche, et ce qui suit vaut pour l'ensemble de la production et ne se limite pas à Gracq, c'est :
Le livre de poche, facile à produire et bon marché rapporte moins à l'éditeur et, surtout, peu à l'auteur. Pour l'auteur en tant que tel, ce n'est pas grave : aujourd'hui, l'auteur a un métier ailleurs. Dans un livre de poche, l'œuvre imprimée ne vaut pas grand chose : seul ou presque compte le prix de la fabrication du livre. L'auteur est complètement négligé, dans cette affaire : il touche si peu sur le livre de poche que l'on pourrait croire qu'il n'a joué aucun rôle dans la confection de ce produit bon marché (4,50€ un Folio, acheté aujourd'hui, chez Gibert). C'est à dire que ce qui fait la valeur intrinsèque du produit acheté ne vaut rien. Gracq ou une suite de « sdhserdjvcqskhfzmkef » sur deux cents pages, cela vaut la même chose : rien ou presque.
Le livre de poche, parce qu'il ne rapporte presque rien à l'auteur, est une insulte à l'art d'écrire. Á l'heure où un bouteille de whisky vaut parfois 20€, un livre vaut à peine 4,5€ : même pas le prix de deux cafés à une terrasse de Saint-Germain des Prés. A combien se vend le mille de caractères de Victor Hugo, à cette aune ? Rien, ou presque. L'auteur n'existe plus, au niveau du rayonnage de librairie. Le travail intellectuel est méprisé. Une femme de ménage, même médiocre, est mieux payée. Je ne parle même pas d'un plombier.
4,5 euros : le prix de 5 tickets de métro. Et vous voudriez que Gracq écrive pour ce prix là ?
En réduisant l'auteur à petzouille, le livre de poche favorise les économies d'échelle. Pour faire des économies d'échelle, il faut de la copie qui se vende en masse. Nothomb fait ça très bien. Elle prospère. Angot aussi. On fait des coups. On calcule le Goncourt au plus juste. L'édition française en première parution ne produit plus rien de littéraire… sauf… Gracq, Michon, et deux-trois autres… qui, justement, ne sont pas en poche.
Ne tuez pas Gracq et Michon. Laissez-les vivre ! Ne les réduisez pas en poche !
Du but et de l'écriture :
24 12 2002
Julien Gracq publie chez José Corti, éditeur qui ne perçoit pas un rond en provenance du livre de poche. On peut même aller jusqu'à dire que c'est grâce à l'a
bsence des écrivains Corti en poche que Corti édite de la bonne littérature, et non Gallimard (qui édite Rose bonbon, fiasco commercial renfloué grâce au livre de poche Folio).
Bref, on peut tirer de l'observation du marché de l'édition la règle générale : moins un éditeur publie de poches, moins il publie par ailleurs de merdes. Vous verrez, cela se confirme assez facilement.
La raison en est simple : le poche étant bon marché, il est plus proche de la savonnette que le non-poche. En Pléiade, il y a très très peu de merdes : les livres sont chers, beaux, et contiennent du texte de bonne qualité. on trouve même Julien Gracq en Pléiade. Plus l'objet-livre est médiocre, plus il est facile d'éditer n'importe quoi, et surtout des choses qui se vendront à des non lecteurs, ceux qui achètent parce que l'auteur passe bien à la télé : Nothomb, Houellebecq, Angot, par exemple.
Les lecteurs sont contents de trouver des livres en poche : c'est bon marché. Grand bien leur fasse. Cet acte irresponsable (l'achat des poches) a deux conséquences : l'industrialisation forcenée de l'industrie littéraire, quasi accomplie aujourd'hui, et la raréfaction de la littérature de première publication, c'est à dire la littérature vivante. Certes nous sommes heureux de trouver le Rouge et le Noir à trois francs six sous, mais il faut savoir que c'est au prix du remplacement des Aragon ou Queneau par des Houellebecq ou Beigbeder. C'est un choix que nous, public, avons fait. Le vin est tiré, il faut le boire.
Joyeux Noël !
Christian Jacq et le livre de poche :
06 02 2003
Si la question est "que faire pour que les gens lisent ?", alors, oui, il faut Jacq et poches. Si l'enjeu est d'avoir une littérature contemporaine digne de ce nom, alors Jacq ne gêne nullement (il joue dans une autre cour) et les poches sont néfastes.
Force est de remarquer que :
- le Livre de poc
he fête son demi-siècle,
- que lorsqu'il a été inventé, les grands auteurs se vendaient bien,
- qu'après cinquante ans, il n'y a plus de grands auteurs en France.
De toute façon, depuis la semaine dernière, la question des poches est caduque : c'est le livre gratuit qui est l'enjeu. Le Point en fournit un beau, relié, joliment présenté (mais que l'on ne choisit pas), à trois ou quatre euros, chaque semaine. Le livre vient de perdre son dernier privilège : celui d'être choisi par son propriétaire.
En fait la contradiction que tu stigmatises avec jubilation, elle n'est qu'apparente : la question de Jacq (des best-sellers, donc) et de la lecture en poche est un débat d'actualité. La question du poche qui nuit à la littérature est un débat d'historiens. C'est du passé. Le poche a nuit à la littérature, pendant cinquante ans, pour le plus grand bonheur du porte-monnaie des lecteurs. Son œuvre est accomplie.
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17/09/2009
Le prix Goncourt a cent ans
Écrit en 2003
Ainsi donc le prix Goncourt a-t-il cent ans. Il est, aujourd'hui, une institution commerciale plus que culturelle.
En octobre 1903, pour honorer la mémoire de son frère Jules mort trop tôt, Edmond de Goncourt prescrit par testament à Alphonse Daudet de créer un prix destiné à récompenser - et à aider - un écrivain par l'attribution « d'un prix de 5000 F destiné à un ouvrage d'imagination en prose paru dans l'année ». Le prix est très honorifique mais dès la première année, il provoque des atermoiements : on sait que Paul Léautaud qui était bien incapable de terminer un livre en rêva plus qu'à haute voix.
L'aréopage des académiciens Goncourt fut, la première année très prestigieux ; et décerna le prix à un inconnu qui le resta. John Antoine Nau ne devint pas célèbre, pas même huit jours. Et pourtant, il l'aurait mérité. Son second roman, Force ennemie, assez fantastique, ciselé et poli, honorait une académie dont on aime oublier, aujourd'hui, qu'Edmond de Goncourt souhaitait qu'elle récompensât chaque année un inconnu.
Ça n'a pas duré. Les magouilles et les arrangements avaient commencé dès la première édition et l'attribution du prix à Nau fut la divine surprise. L'année suivante, Léon Frapié gagne avec La Maternelle, et commence à vendre. Le Goncourt devient une machine à sous. La Maternelle est mélodramatique à souhait. Sortez, Margot, votre kleenex.
L'industrialisation du Goncourt se fait autour de Maurice Genevoix, en 1925. Genevoix qui écrit jusqu'à présent chez Flammarion, publie Raboliot chez Grasset, puis deux autres romans, comme son contrat l'y oblige. Le prix obtenu, il retourne chez Flammarion. Tout ceci n'ôte rien au talent de Maurice Genevoix mais traîne le Goncourt vers un abîme moral dont il ne se tirera sans doute jamais. Dès lors, le Goncourt ne sera plus un prix mais une combinazione.
Pourtant, il eût pu être une sorte de petit Nobel hexagonal, j'entends par là qu'il serait paré d'un certain prestige (et non qu'il serait infaillible, ce serait trop demander). Il fut créé deux ans après le Nobel, en réaction contre l'incurie de l'Académie française qui ratait tous les grands auteurs. De fait, le Goncourt rata aussi nombre de grands auteurs au profit de petits, plus fins courtisans.
Le dernier en date, M. Jacques-Pierre Amette, lauréat du centenaire, n'échappe pas à la règle. C'est un tâcheron sympathique qui, pour obtenir le prix convoité, et sans vergogne, réitéra le procédé Genevoix : abonné à Grasset (semble-t-il hors course désormais), il passa chez Albin-Michel et décrocha le gros lot.
Mais ce roman, puisqu'il s'agit de l'attribution du prix à un roman et non à un auteur, commanda jadis Edmond, qu'est-il ? Peut-on simplement le considérer comme le meilleur roman français de ces derniers douze mois ? Sans doute pas ou bien la France est tombée bien bas. C'est un roman historique en ceci qu'il prend pour personnages des individus célèbres du passé, et c'est un roman politique puisqu'il décrit les intrigues au sein de l'élite d'un État bien particulier : l'Allemagne de l'Est de l'immédiat après-guerre.
La problème, on s'en doutait, mais c'est confirmé dès les premières pages, c'est que le livre est bâclé. L'auteur peine à imaginer, et plus encore à représenter et ses personnages et l'Allemagne de l'Est d'une manière un tant soit peu crédible..
Tout commence en 1948 au poste-frontière interallemand. Nulle mention des soldats soviétiques, ni des complications administratives (il était très difficile de traverser la frontière, ces années là, ainsi que le grand auteur allemand Uwe Johnson le décrit dans son œuvre). Brecht et sa compagne, Hélène Weigel sont expédiés en deux lignes, à la va-vite, et ne prennent aucune consistance. Les erreurs arrrivent bientôt qui montrent que l'auteur (ou son nègre) n'ont pas réfléchi longtemps à la question : « On était le 22 octobre 1948 » indique l'auteur (page 15), et « Brecht contemplait le goudron de la route menant à Berlin » (page 14). Mais... il s'agit d'une autoroute, les livres commémoratifs en vente aujourd'hui à Berlin en témoignent : le seul passage interzones était sur l'autoroute Hannover-Belin, on peut encore visiter le poste de contrôle, aujourd'hui, à Marienborn, et elle n'est pas goudronnée, mais bétonnée car l'Allemagne nazie, et la R.D.A. ensuite n'avaient pas de pétrole.
Plus loin (page 19), le même jour, à Berlin, Brecht est reçu officiellement, mais un certain Becher rêve de « briser le crâne des écrivains officiels de la R.D.A. » Laquelle ? La R.D.A ne fut créée que l'année suivante, en 1949. En 1948, c'est encore la zone d'occupation soviétique. L'hôtel Adlon où l'auteur situe la cérémonie de réception de Brecht étant situé à la porte de Brandebourg, on aurait aimé une certaine évocation du centre de Berlin détruit. Mais non, rien de cela, mais au contraire, des pensées assez confuses qui traversent l'esprit des participants, tous officiels.
Hélas rien de tout cela n'est vraisemblable et c'est dans un Berlin inexistant que le récit se déroule. lorsque l'auteur dit « Les services météo de l'armée soviétique étaient installés dans un ancien hôtel particulier de la Luisenstrasse, …», il n'évoque rien, car il ne représente rien de la complexité administrative de l'Armée rouge, occupante en territoire vaincu, ni quand il fait entrer son héroïne, qui pénètre là-dedans comme dans un moulin. On n'y croit pas un seul instant.
L'intrigue se déroule ensuite de manière prévisible, sans que jamais le lecteur ne se sente concerné, car rien n'est fixé, rien ne transmparaît de la lourdeur totalitaire, ni de la peur qui régnait chez ces Allemands collaborateurs des soviétiques de Staline. Certes Brecht et sa compagne Weigel ne risquaient rien, mais les autres...
Le sentiment de lire un livre bâclé subsiste. Ainsi, page 19, « Becher, devenu haut responsable culturel de la zone » [d'occupation soviétique, n'indique pas l'auteur, qui parle de la R.D.A juste avant], sans plus de précision. On en aurait aimé, pourtant, pour donner un peu de consistance au personnage qui devient, dans la réalité, ensuite, ministre de la Culture. Ainsi, reprise de la même formule vague, page 48, « Dymschitz, haut responsable culturel pour l'ensemble de la R.D.A. ».
Ainsi tout au long de trois cents pages superficielles, un personnage historique à forte personnalité, Bertold Brecht, se voit déguisé par un auteur français anodin et falot, en un théâtreux sans caractère, qui lutine sa primadonna, gère son théâtre en père de famille, évolue dans un milieu d'ombres légères, en réalité, les plus sévères et plus tristes staliniens de l'époque.
Je passe sur la langue, banale à l'extrême, de Jacques-Pierre Amette, au vocabulaire routinier, sans recherche, ni richesse. La syntaxe est relâchée, par exemple, page 126 : « Voix étouffée devant le bureau de réception et le gardien, avec le flair qu'ont les soldats — même habillés en civil — ont pour reconnaître l'autorité, reboutonna sa tunique. ».
Ce n'est pas que La maîtresse de Brecht soit foncièrement un mauvais roman, mais il échoue à représenter ces personnages puissants, les premiers maîtres de la R.D.A., et à décrire la naissance douloureuse de cet État contraint. Il est banal, fade, ennuyeux. C'est le Goncourt de cette année. À éviter.
10:25 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : livre, concours, goncourt, amette
01/12/2008
Au salon de l'autre livre, Paris.
Finalement, j'ai été au Salon de l'Autre livre, de l'édition indépendante, à l'Espace des Blancs-Manteaux, un marché reconverti de la rue Vieille-du-Temple. L'endroit a belle allure.

J'y ai rencontré l'amie de Ness, qui tenait, toujours charmante, le stand des Mille Saisons et j'ai bavardé longuement avec Roger Gaillard, de l'Oie Plate, auteur d'AUDACE, qui prépare ue nouvelle édition de son guide pour 2010. Avis aux petits éditeurs : faites-vous recenser. Nous avons parlé contrats, autoédition, compte d'auteur, … et de Jean Guenot, de son guide, de ses éditions, des méthodes d'écriture, et de la situation des auteurs à l'avenir.

J'ai fait le tour des étalages. Beaucoup d'édition très sérieuses, poésie, essais pointus, publications spécialisées. J'ai vu Les deux Encres, éditeur du célèbre Sous le Manteau de la Nuit, et Le Temps des cerises. J'ai appris que Suzanne Bernard était morte, ce qui m'a vraiment attristé (cette dame était l'auteur d'un récit appelé Chair à papier que tout auteur amateur devrait lire). J'ai vu que les deux volumes de Chroniques algériennes, de mon père Michel Martini, figuraient en bonne place au stand de Bouchène, ce qui m'a fait plaisir. C'est un éditeur sérieux car ces livres sont déjà assez anciens.

J'ai acheté cinq livres :
- L'auteur au XXIe siècle, actes d'un colloque de 2006, publiés par le Syndicat National des Auteurs et Compositeurs.
- Justesse de la langue, de Gabriel Girard, sur le juste sens des mots, un thème que j'aime bien, éditions Manucius.
- Visitez le purgatoire, nouvelles de Manu Causse, chez D'un Noir si Bleu, parce que l'éditrice était vraiment sympa et la jaquette, dessinée par l'auteur, est très réussie.
- Le passage, de Suzanne Bernard, récit posthume, dialogue avec la mort, m'a dit l'éditrice du Temps des Cerises.
- Vivre au paradis, de Brahim Benaïcha, éditions du Sable d'Or. Une bonne surprise. Je connaissais le film, de Bourlem Guerdjou sur un scénario d'Olivier Lorelle, absolument magnifique, sur le bidonville de Nanterre. Je suis ravi d'avoir trouvé le récit d'origine.

01:43 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : salon, livres, paris
02/01/2008
Jean Guenot, auteur-éditeur
Cette année, alors que je renouvelais mon abonnement à J'écris, la revue entièrement écrite et publiée par Jean Guenot, l'auteur m'a fait le bonheur immense de m'offrir l'un de ses livres que je n'avais pas encore.
Jean Guenot est l'un des plus connus des auteurs autoédités, pour la raison simple que son best-seller est un incontournable de l'écriture : le guide Écrire.
Le début :

Mais je suis un fan de longue date du bonhomme et j'ai presque tous ses livres.
Par quel oubli avais-je omis de lui commander Solos noirs ? Mystère. N'empêche que lui savait (puisqu'il vend lui-même et tient ses listes).
J'aie eu donc l'immense surprise de recevoir, juste avant Noël, un exemplaire de Solo noirs en guise de cadeau. C'est dire que le roi n'est pas mon cousin.
Je profite de l'occasion et de la nouvelle année pour lu faire un peu de réclame.
Donc voici la merveille : Solo noirs, dépôt légal 2002.
32 solos à interpréter au théâtre. 6 minutes chacun.

… et ma dédicace : Merci, Jean Guenot.

Un extrait (celui que j'ai lu à Romane, qui était pliée) :

Le livre est livré non coupé, avec un marque-pages et le catalogue de l'auteur-éditeur :


à suivre…

Guenot avant Guenot : La noyée de l'île,
par Albert Sigusse, éd. Chouette.
Romane :
http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html
http://liensutiles.forumactif.com/
Jean Guenot :
http://monsite.wanadoo.fr/editions.guenot/
Interview de Jean Guenot, passionnant :
http://www.bibliopoche.com/static/interviews/interview_as...
21:10 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : guenot, écrire, écriture, livre, autoédition
17/07/2007
Avoir un livre à soi
Petit résumé de la situation :
Principe de base : pour être édité, il faut avoir produit un manuscrit terminé.
Principe de réalité : la plupart du temps, on est trop fainéant pour travailler son manuscrit à fond. On le trouve bon, et on décide de se lancer. Comme les éditeurs n'en veulent pas, on cherche, non pas à terminer le travail, mais à passer outre (cf. Ibsen : Peer Gynt, acte 3, scène 4, avec le grand Courbe).
Donc se présentent des gens qui, peu ou prou vous disent qu'ils sont éditeurs et qu'ils ont une solution pour vous moyennant finance, participation, ou souscription, parfois contre rien du tout.
Seul l'éditeur qui investit son propre argent dans l'édition de votre œuvre est un véritable éditeur : en mettant son pognon dans votre ours, il prend un risque et devient, de ce fait, intéressé à le vendre. Les autres sont des prestataires de service. Ils proposent, en cet an de disgrâce 2007, différents services :
1) Impression à la demande : on ne paye rien, mais l'éditeur n'investit (presque) rien : il fait imprimer le livre que vous avez fourni et se charge de le vendre.
Au moins quatre maisons font cela de manière satisfaisante aujourd'hui :
• Manuscrit.com, dont le site est bordélique et les livres assez moches, mais qui a une bonne présence au Salon du livre. La maison tend à se spécialiser dans l'édition de textes universitaires à diffusion réduite.
• Editeurindependant.com, qui propose un super-mini travail éditorial : mise en page et couverture, mais impose l'extension de la cession des droits pour la durée de la propriété littéraire, soit, en langage basique, devient co-propriétaire de votre œuvre pendant votre vie entière + 70 ans. Edilivre est la même maison, propose une prestation assez proche qui vaudrait la peine d'être explorée.
• Lulu.com, dont les livres sont au standards américains, donc mieux que les autres,
• In Libro Véritas (ILV) sympa, dont les livres font un peu cheap, mais sont corrects, qui a un site/forum épatant.
● Mon ami Hervé Croenne est publié d'une manière analogue chez Les Nouveaux auteurs. Il s'en trouve très satisfait. À explorer aussi. Edit,mai 2009 : il est, évidemment, déçu.
De création récente, Brumerge, constitué d'auteurs sympathiques qui ont unis leurs efforts pour se publier ensemble, en format poche, propose une sorte d'autoédition collective très intéressante. L'expérience, toute jeune (mars 2008), donne de bons premiers résultats. À suivre. Edit mai 2009 : inutile de suivre, Brumerge s'est embourbé dans l'autocomplaisance.
2) Des éditeurs à compte d'auteur classiques, qui vous proposent de réaliser votre livre, et d'autres prestations, qu'ils font plus ou moins bien, mais jamais comme un véritable éditeur. Ensuite, il faut, ou pas, c'est selon, acheter les livres que l'auteur a déjà payés.
Dans cette catégorie, il semble que Paulo Ramand, Thélès, Yvelinéditions, La Compagnie littéraire soient assez bien, voire très bien. Les plus beaux livres sont ceux de La compagnie littéraire, à mon avis, aujourd'hui.
C'est le système le moins satisfaisant et le plus cher. S'ils proposent de faire connaître votre livre : méfiez-vous, ils ne peuvent pas grand chose.
Les Deux Encres, en organisant une souscription que vous devrez alimenter, se distingue avantageusement. Il me semble, si j'en crois un intervenant de France2, qu'ABM Éditions a un rapport qualité-prix très intéressant. Il fait payer le prix de 50 exemplaires qu'il livre à l'auteur pour qu'il les vende lui-même et récupère sa mise.
3) Des éditeurs à compte d'auteur stricts : ils préparent votre livre à partir du fichier Word, corrigent, mettent en page, font imprimer et le livrent chez vous. A vous de déterminer précisément la prestation que vous désirez, avant de signer le contrat.
Le compte d'auteur a mauvaise réputation ; à tort. La plupart des prestataires sont des gens compétents et honnêtes. Il assurent un service pour lequel existe une indéniable demande. Les éditeurs n'aiment pas que l'on parle d'eux en ces termes. Je ne citerai donc pas de nom. On trouve facilement, par le web, des prestataires qui étudient au mieux la fabrication de votre livre "privé" ou familial, en cinquante ou cent exemplaires, ou plus.
4) Des imprimeurs qui, à partir de fichiers que vous aurez préparés aux normes, fabriqueront votre livre et vous le livreront chez vous dans la quantité demandée.
Jouve (imprimermonlivre.com) est excellent dans cette catégorie.
5) On peut négocier la fabrication de son livre chez un imprimeur près de chez soi. Le mois d'août et la période de Noël permettent des prix très bas.
6) On peut, comme Ludovic Bablon, Marc Giquiaud ou Jean Guenot (ou moi-même, œuf corse), réaliser soi-même tout ou partie de la fabrication. On peut suivre les conseils de Marc Gicquiaud.
Mais aucune de ces méthodes ne permet la finition d'un livre au niveau requis par l'industrie. Il faut le savoir.
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Edit, 18 avril 2008 :
Réponse en forum à un quidam qui demandait des adresses de publieurs à la demande :
« "Impression du livre à la demande ou bien, achat d'un fichier PDF" avec la possibilité d'acheter l'ouvrage sur Amazon ou Fnac.com »
http://www.lulu.com/fr Américain, a fait ses preuves. Sindbadboy est heureux chez eux.
http://www.inlibroveritas.net Site et forum sympas. G@rp est un auteur comblé, chez eux
http://www.TheBookEdition.com Assez récent, a investi Facebook.
http://www.lesnouveauxauteurs.com Jolis livres. Cro vient de publier chez eux. Espérons qu'il sera satisfait.
editeurindependant.com et www.edilivre.com deux facettes du même. le patron est sympa, c'est une succursale d'un groupe de presse.
http://manuscrit.com/ le grand précurseur. Beau stand au salon du livre, beau site internet, couvertures standardisées. Commander des livres est compliqué, chez eux.
Dans tous les cas : bien analyser le contrat, se souvenir que : you get what you pay for ; if you pay nuts, you get monkeys. Ces éditeurs ne sont pas des gens sympas qui désirent vous faire plaisir : ce sont des industriels qui gagnent leur croûte. Donc, dans tous les cas, c'est vous qui êtes à leur service, pas eux au vôtre.
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L'avenir : L'Expresso printing book machine.
http://www.ondemandbooks.com/hardware.htm
Fiche modifiée le 7 mai 2009
00:35 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : livre, autoédition, compte d'auteur, glyphe, guenot, bablon
09/04/2007
Elle, pinces et dépendances, d'Éléonore Cannone.
J'ai lu cet après-midi un épatant petit roman paru chez l'Altiplano, une maison d'édition nouvelle.
Au salon du livre de Paris, la semaine dernière, j'ai eu l'occasion de bavarder avec les gens de l'Altiplano, qui étaient, évidemment, sympathiques (on n'envoie pas les gens comme moi représenter une éditeur au salon). Je leur ai acheté deux romans, l'un En route vers le clochard, de Riwoal, suite à la critique de Lise-Marie Jaillant sur son blog : wrath.typepad.com/wrath/ . Je le lirai plus tard, et l'autre, sur son titre sympathique : Elle, pinces et dépendances, d'Éléonore Cannone.
À la fois le pseudo de l'auteur, qui rappelle celui d'Anna Galore (ce n'est pas elle, c'est sûr), et le titre, intriguant, m'ont séduit. Le roman est un conte de fée, à base de boy-meets-girl prédestiné (genre Roméo et Juliette, mais sans la rivalité des familles) et de surnaturel léger avec, en plus, une touche de critique sociale subliminale. C'est délicieux.
Donc l'héroïne sauve le héros d'une fin atroce en luttant contre les crabes, lui fait connaître sa meilleur copine, laquelle sauve une autre dame et tout le monde finit heureux. Les crabes sont… je ne vais pas vous gâcher le plaisir. En fait, c'est un manuel de lutte contre les crabes, d'utilité publique. Les crabes sont partout, il faut les chasser. C'est, je le disais, un conte de fée, ça vous colle la banane pour la journée, voire plus si affinités. C'est très joliment écrit.
Je recommande chaudement.
18:30 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
23/06/2005
Wolfgang Büscher. Berlin-Moscou, un voyage à pied.
Wolfgang Büscher. Berlin-Moscou, un voyage à pied. L'Esprit des péninsules, 2005.
En 2001, un journaliste allemand marche le long de la « route des Allemands », de Berlin à Moscou, à travers la Pologne, la Biélorussie et la Russie. Dit comme cela, c'est l'annonce d'une fabuleuse monotonie de récit, la route étant à peu près en ligne droite et parfaitement plane.
Seulement, voilà, c'est à la fois une traversée interminable de champs de bataille qui, du point de vue allemand, ne sont pas à l'honneur de la nation et, d'un point de vue contemporain, c'est l'avenir de l'Europe qui se joue le long de cette route. Les trois pays traversés sont passionnants par leur histoire et leurs différences : la Pologne est entrée dans l'Union européenne après un demi-siècle de communisme, la Biélorussie est toujours un pays communiste de type soviétique, le dernier d'Europe, et la Russie est, éternellement, ce monstre incompréhensible qui se développe depuis quinze ans de façon parfaitement anarchique. Büscher marche le long de la route de l'est. Il observe, décrit, s'arrête à l'occasion pour écouter les gens et quitte lentement le monde moderne pour rallier un État hors du temps et de l'histoire : le Bélarus. Là, tout bascule. Il s'approvisionne à l'Univermag, magasin d'État à vendre tout, mais rien en fait, dort dans des hôtels déserts et en ruine, traverse la région que les Allemands ont totalement dévastée à partir de 1943, et le souvenir en est brûlant, il visite la zone interdite de Tchernobyl, admire le réacteur accidenté, mange des champignons délicieux et contaminés, boit l'eau salée de l'est et apprend à survivre dans le pays le plus absurde du monde. Un jour, le onze septembre, il voit à la télévision biélorusse l'attentat de New-York.
Puis c'est la Russie et ses mythes vivaces, la forêt de Boris Gleb dont les arbres saignent du sang, le village de Gagarine qui vit dans le souvenir du premier cosmonaute, la passion de la vodka et les mercédès des nouveaux riches. Il rend une visite posthume à Pasternak, erre dans les banlieues soviétiques interminables et, finalement, atteint Moscou, le Kremlin et la place Rouge à la première neige…
C'est drôlement bien traduit, en plus, on ne croirait pas de la prose journalistique.
00:05 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
16/01/2005
Éric Faye : Parij
Je viens d'achever la relecture de Parij, d'Éric Faye (Serpent à plumes). C'est un roman bigrement intéressant. C'est une fable politique qui use du moyen appelé l'uchronie. L'uchronie représente ce que serait le monde si les choses ne s'étaient pas passées comme en réalité.
Ici, c'est en 1944 que ça dérape : les Américains commettent une erreur tactique grave dans les Ardennes et les nazis leur fichent une raclée historique, retardant et modifiant la fin de la seconde guerre mondiale. Les Américains ne parviennent pas à envahir l'Allemagne, c'est les Soviétiques qui le font, et ils s'arrêtent en France, laquelle est coupée en deux États, et sa capitale aussi, Paris, dont la partie nord-est devient Parij, à la russe.
Vers la fin des années 80, le célèbre prix Nobel de littérature Romain Morvan est expulsé de la zone est, par le pont Alexandre III, vers la partie sud-ouest de la ville. Il laisse derrière lui son amante, la célèbre violoniste Clara Banine, ses amis, et toute sa vie dont son dernier manuscrit, qu'il a caché en attendant de pouvoir le faire parvenir à un éditeur de l'ouest. La police politique veut absolument mettre la main sur le manuscrit.
C'est un agent du service de la lecture du courrier à la censure qui est chargé, au travers de la correspondance entre Morvan et son amante, de découvrir la cachette du manuscrit. Cela se passe dans un Paris délabré, coupé en deux par un mur encore plus hermétique que celui de Berlin, quadrillé par les forces de la Garde noire, la terrible milice populaire. L'agent Neuville est fasciné par Morvan et Clara dont il lit, puis falsifie la correspondance. Mais rien ne vient et la pression se fait plus dure. Neuville redoute le moment d'avouer son échec, car cela signifiera pour lui le bagne, dans les mines de fer de Cachinville, l'ancienne Thionville.
Le dictateur du Nord fomente un projet insensé, à la mesure de sa mégalomanie, qui justifie une surveillance policière accrue. Les premières manifestations de rue sont sévèrement réprimées. L'ambiance est lourde.
Puis un hiver la Seine déborde et, comme dans un geste prémonitoire, une partie du mur de béton est emporté par la crue. Enfin arrive le temps de la réunification et la fin du communisme...
Le seul défaut de ce roman dont les descriptions de la société communiste sont très réalistes est sans doute l'absence du peuple, qui ne sert qu'à peine de toile de fond. C'est dommage.
16:34 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
12/01/2005
Houellebbecq, grand écrivain du siècle
Michel Houellebecq est probablement le grand écrivain naturaliste français de ce début de siècle. Notre Émile Zola, sans doute.
Je considère l'œuvre romanesque de Michel Houellebecq comme constituée des quatre romans suivants :
Extension du domaine de la lutte, Les particules élémentaires, Lanzarotte, Plateforme. Je ne parle pas de son œuvre poétique dont j'ignore à peu près tout, ni de ses essais et textes divers.
En tant que romancier, Michel Houellebecq me semble correspondre exactement à ce qu'on peut supposer être aujourd'hui un écrivain naturaliste, c'est-à-dire comme l'était Émile Zola, soit, si j'en crois Sarane Alexandrian : « Un roman naturaliste doit obéir à ces trois règles définies lors des soirées de Médan : décrire la réalité par ses côtés les plus sombres ; être composé de tableaux successifs où les faits sont représentés comme un reportage ou un documentaire ; avoir pour héros un personnage qui subit les conséquences d'une hérédité pernicieuse. »
L'hérédité pernicieuse pose évidemment problème, aujourd'hui : on ne peut plus imaginer un « gène du malheur » comme Zola le fait dans sa série Les Rougon-Macquart. Houellebecq remplace cet artifice par un autre plus d'actualité : son personnage récurrent, souvent appelé Michel, est un enfant de soixante-huitards, pour son plus grand malheur. Soit cet inconvénient est spécifié dans le roman, soit il est sous-entendu, mais les quatre « héros » des quatre romans possèdent en commun la misère morale attribuée par Houellebecq à la France de l'après 68, qui est encore la nôtre aujourd'hui, dit-il.
La thématique de Houellebecq est parfaitement homogène : misère morale et sexuelle de la classe moyenne française d'aujourd'hui. On ne sait ce qu'il produira dans les décennies à venir, mais sur quatre romans, c'est remarquable.
L'Extension du domaine de la lutte narre, en une fiction sinistre, un épisode de la colonisation de la sphère privée par le « struggle for life » anglo-saxon, dont Michel Houellebecq prétend que c'est à la révolution sexuelle de l'immédiat après-68 que nous devons cette catastrophe. la thèse est solide et illustrée par ce roman, sordide à souhait. Les personnages sont deux formateurs d'un institut informatique, en déplacement en province. C'est une description très réaliste d'un milieu professionnel d'aujourd'hui. Le roman est, à mon sens, le plus réussi des quatre car le moins encombré de la grande obsession (littéraire ?) de Houellebecq : le sexe sordide.
Les particules élémentaires pèche, à mon avis, par deux gros défauts : la longueur : Michel Houellebecq voulait sans doute, sans fard, vendre un best-seller et, on le sait, un best-seller doit, a priori, être épais. Et l'abus de sexe sordide : Pour la même raison, ou une autre que j'ignore, il insiste sur les scènes sexuelles qui sont d'une répétitivité et d'une tristesse voulue mais, trop, c'est trop, l'attention du lecteur se relâche alors que la nausée sensée émaner de ces descriptions complaisantes est installée depuis longtemps. Les Particules... pourrait faire, sans dommage, cent pages de moins. De plus, Les Particules est un roman à deux personnages masculins, ce qui me paraît, dans ce contexte, inutile et qui n'aide pas à la clarté du propos. Le roman est toutefois, à mon avis, exemplaire par la justesse de la description du désespoir viscéral de son héros Michel Dzjerzinski.
Lanzarotte, plus modeste, est un récit de voyage faisant démonstration de la médiocrité des loisirs de la classe moyenne. La démonstration, facile, est réussie et saisissante. Le récit est, hélas, encore une fois, à mon avis, entaché de complaisance sexuelle. On eût pu mieux faire en faisant plus court.
Plateforme aborde un thème d'actualité : l'irruption de l'islam politique dans la société occidentale. la position de l'auteur est clairement anti-islamique et, de ce fait, heurte de plein fouet la politically correctness en usage en occident aujourd'hui. On sait le débat qui a eu lieu lors de la parution, à l'instigation d'institutions musulmanes. Les thèmes annexes sont la solitude, les clubs de vacances, la commercialisation du sexe, etc. Le roman est, comme Extension du domaine de la lutte, l'utilisation radicale d'un phénomène de société au service d'une narration.
On a beaucoup dit sur le style bâclé de Michel Houellebecq. Il use d'une syntaxe classique mais sans recherche stylistique apparente. L'impression générale est une grande platitude et une épaisse grisaille. Cela convient fort bien à ce qui est narré. Houellebecq éclaire son récit comme on le fait des bureaux : à plat, au néon, sans laisser place au moindre relief. Il y a une adéquation totale, à mon avis, entre le fond et la forme : les deux sont sinistres. À l'heure où le français s'écrit en SMS, où l'orthographe est souvent une chimère, où le rap et son emphase à trois sous triomphe, où l'hexagonal politico-médiatique a ôté tout sens à la plupart des mots, le français de Michel Houellebecq est exemplaire : il est exemplaire d'une France triste à mourir. On est en droit de ne pas trouver la France triste à mourir mais Houellebecq la montre ainsi et c'est son droit d'auteur, le plus strict. Houellebecq s'inscrit ici dans la droite ligne de Courteline (Les Boulingrins) ou de Georges Darien (La belle France). C'est une filiation quii en vaut une autre.
Faut-il que j'en rajoute ? Houellebecq est, et j'espère que ça vous chatouille et que ça vous gratouille, le plus grand jeune écrivain français du moment.
14:45 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note